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Inauguration de Lancy-Pont-Rouge

Le CEVA a fait 85% du chemin

L’effervescence était à son comble il y a quelques jours sur le quai 1 de Cornavin. Autorités politiques, partenaires du projet et ouvriers embarquaient sur un convoi spécial en direction de Lancy-Pont-Rouge. Cette gare, réalisée six ans après le premier coup de pioche du CEVA, est la seule des cinq stations du tracé à être construite entièrement en surface.

Arrivé à destination, Andreas Meyer, directeur général des CFF n’a pas manqué de relever qu’«une nouvelle gare (était) toujours une source de vie et de développement». Ce premier jalon du CEVA est certes important: il desservira non seulement les quartiers voisins de l’Adret et de Pont-Rouge, mais aussi le Grand Genève. Il faudra toutefois attendre fin 2019 pour assister à la mise en service intégrale du CEVA (ou liaison Cornavin-Eaux-Vives-Annemasse, nom entré dans l’esprit des habitants de la Région et que l’Etat s’est malheureusement entêté à renommer «Léman Express», tout comme il prétend débaptiser Lancy-Pont-Rouge, au grand dam des autorités communales).
Cette infrastructure de 16 kilomètres permettra de relier les réseaux suisse et français: elle représente le maillon manquant du réseau RER qui se déploiera sur 230 kilomètres de lignes et dans 45 gares, dessservant un bassin de plus d’un million d’habitants.
Dès lors, les usagers du train pourront transiter aisément et directement entre la rive gauche et la rive droite du lac de Genève, ainsi qu’en direction de divers centres urbains. Il sera par exemple bientôt possible de relier Coppet à Lancy-Pont-Rouge tous les quarts d’heure. Le CEVA favorisera également les déplacements au cœur de Genève; il fonctionnera comme un métro, la majorité de son tracé étant en sous-sol.

Lieu de vie et d’échanges
Avec l’arrivée du CEVA, des développements d’envergure sont attendus dans plusieurs secteurs. A Pont-Rouge, 640 logements et plusieurs immeubles destinés à des bureaux sont en cours de réalisation. Les premiers usagers sont attendus en 2019. «Pour marquer les centralités, on avait autrefois pour usage de dire qu’il fallait mettre l’église au milieu du village. Aujourd’hui, on affirme que la gare doit être construite au milieu de la ville. Une gare est une centralité urbaine!», a lancé avec sa fougue habituelle Antonio Hodgers, conseiller d’Etat chargé du Département de l’aménagement. Les travaux d’aménagement des espaces publics autour de Lancy-Pont-Rouge débuteront en 2018: alignement d’arbres, vélo-station, éclairage public, place centrale sont d’ores et déjà prévus au programme. 
Cette nouvelle gare surplombe la route de Lancy; elle remplacera la halte datant de 2002 et située plus au nord. «Lancy-Pont-Rouge, tout comme les autres stations du CEVA, est conçue comme un pôle d’échanges avec les autres modes de transport, que ce soit la voiture, le tram, le bus, le vélo ou la marche à pied», a indiqué Luc Barthassat, magistrat en charge des Transports. Une plate-forme de mobilité essentielle, du fait de sa proximité avec la Praille-Vernets-Acacias, l’une des plus grandes urbanisations que va connaître le canton; elle se trouve également en connexion avec les centres logistiques maintenus du côté du rail et la zone industrielle de Plan-les-Ouates.

Signature architecturale
Pour les intervenants, l’inauguration a été l’occasion de saluer la qualité architecturale des gares du CEVA. Conçues par les Ateliers Jean Nouvel, représentés à Genève par le Bureau Eric Maria, celles-ci se caractérisent par des briques de verre (5,5 mètres sur 2,7 et 2 tonnes chacune) emboîtées sur de vastes structures métalliques en acier. S’étalant sur 320 mètres de quai, la gare de Lancy-Pont-Rouge a nécessité 38 mois de travaux et 108 briques, qui forment une sorte de marquise au-dessus du quai.
Entre Cornavin et Lancy-Pont-Rouge, le tracé était déjà existant; cependant, des aménagements ont été nécessaires afin de permettre la circulation du CEVA. Les tunnels de la Bâtie et de St-Jean ont été agrandis, le tablier du viaduc de la Jonction a été remplacé, intégrant désormais une voie de mobilité douce élargie. Avec la mise en service de la gare Lancy-Pont-Rouge, l’avancement global du CEVA atteint les 85%. Mais au-delà de cet accomplissement quantifiable, l’événement a été vécu comme un moment historique et hautement symbolique: brisant à coups d’épée une gare en chocolat, les partenaires du projet ont menacé (symboliquement - ils ont déjà été vaincus) les ennemis résiduels, non pas de la République, mais du CEVA! 

Véronique Stein

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